Extrait - embellie prochaine

Elle se lève. Ses cheveux lui font l’effet d’un champ de bataille où le sang des soldats blessés seraient venus teindre le sol d’une couleur rouille. Un cauchemar, se dit-elle se regardant dans la glace accroché au dessus du lavabo de sa salle de bain. 

Elle a la chevelure animale, rousse – une crinière. Un fauve qu’elle doit apprivoiser tous les matins. La brosse à la main, énergique, elle ressemble à une dresseuse, ne quitte pas un instant le miroir des yeux pendant qu’elle dompte la rébellion, la brosse comme un fouet à la main. L’homme est derrière elle, sur le seuil de la salle de bain, la regardant faire, regardant ses cheveux magnifiques, ce parterre d’une couleur étrange, un orange juteux qui exploserait en onde lumineuse sur ce bouquet insensé de gerbes fleuris. Un parterre empourpré. La racine un ton plus foncé que le reste, se dit-il, comme une sève qui coulerait abondamment à la racine et qui épuisée n’atteindrait pas le bout de la tige. Car le cheveu est long, bien plus long qu’une route ne menant nulle part. Une route ondulée, aux courbes étroites, un peu bosselée aussi. Long’homme pense au chemin où l’entraine la chevelure, à ce havre de paix, cette île foisonnante où il pourra nicher son visage et gémir tout à l’heure. Cette forêt dense dans laquelle se cacher.


Elle se regarde toujours dans le miroir. Pose sa brosse sur le rebord du lavabo, s’examine, tourne légèrement la tête à droite, puis à gauche. Se baisse, saisit un petit miroir qu’elle cache dans son sac à main, le remonte derrière son crâne pour voir l’envers du décor. Elle est contente du résultat : sa chevelure s’étend comme le rideau écarlate d’une scène, la pièce peut commencer. Elle s’habille. La rue s’offre à elle. Le vent souffle, les cheveux s’éparpillent, voltigent, dévient de leur trajectoire, fouettent son visage comme des cordes. Ses mains se plaquent sur sa tête pour les empêcher de fuir. Ses cheveux en pagaille font naufrage.