13 novembre 2015

On vous connait. On n’a pas peur de vous. Vous vouliez semer la teneur, regardez se dresser devant vous cette foule d’hommes et de femmes. Un peu hébétée certes mais unie, oui unie, ils font front, front contre vous… cette foule de blasphémateurs dont la liberté parce qu’elle n’a pas de prix a de la valeur. 

Pour vous, il n’y a pas de frontières, le monde est votre terrain de jeu. Vous avez importé à Paris votre guerre. 
Vous étiez là avant, vous semez la terreur depuis longtemps partout.

Au coin de la rue, à une terrasse de café, nous buvions une bière. C’était notre repère, on emballait, on refaisait le monde, on se retrouvait, on échangeait, on riait et nos rires étaient larges. C’était vendredi et la journée était finie et la semaine était finie et on en sortant du boulot on s’est dit c’est le 13, c’est vendredi 13. Qu’est ce qui va se passer ? Et on avait répondu, on n’est pas superstitieux ça porte malheur, et on se demandait de qui venait cette phrase… d’Oscar Wilde… ? Peut-être… 

Certaines des filles avaient les jupes courtes, les hommes regardaient leurs jambes, les toucher avec les yeux, d’autres avaient des pantalons et les yeux des garçons regardaient un peu plus hauts, leurs fesses. 
Dans une salle, d’autres écoutaient un concert. Eux aussi ont été fusillés, certains, vous avez préféré les faire sauter avec vous. C’est un peu comme si vous les ameniez dans votre paradis. J’aimerais pas arriver là-bas en pièces détachés. Vous êtes vraiment frappés de penser que,…  d’y croire. 
Vous vouliez viser la jeunesse, un mode de vie, vous avez tué au petit bonheur la chance. Vous avez fait de la fosse de la salle, un charnier. Et quand on ferme les yeux, on ne peut pas s’empêcher de voir les corps de nos amis qui s’empilent. On ne peut pas s’empêcher de les voir se noyer dans leur propre sang. On n’a pas besoin de voir pour l’imaginer. 
Nos morts rayonnent d’une lumière crue. Ils sont la liberté. 

Oui c’est vrai, on baise, on boit parfois comme des trous, et parfois même on finit ivres morts dans les caniveaux de Paris. Mais est-ce un mal ? Quand vous violez, vous lapidez, vous amputez des membres, vous coupez des têtes, vous faites exploser des petites filles dans les marchés de Bamako. Vous êtes les nouveaux barbares. Vous nous trouverez devant vous, droits très droits, dignes. Nous ne céderons pas à la panique. 
Vous êtes nourri de haine et de ressentiments, vous vous nourrissez des erreurs de notre passé d’occidentaux, de la misère humaine. Les premières victimes sont dans vos rangs. Vous tuez, vous vous nourrissez de sang. Vous êtes des parasites. 

Aucune négociation, aucun compromis sur notre mode de vie, vous entendez ? Nos filles ne subiront jamais le millième de ce que les vôtres endurent au quotidien. Nous ne renoncerons à aucun progrès. 
Nous ne céderons pas. Vous n’aurez pas notre haine, on ne vous fera pas ce plaisir là. Nous resterons ceux que nous sommes dans la profonde liberté qui nous agit. 

Nous devons le dire, de vous voir dans nos rues, n’a pas été une grande surprise, ce n’est pas la première fois. Nous savions que vous étiez notre ennemi. 

Dans votre aveuglement, vous nous avez rempli de certitude. Nous vous crachons au visage, nous crachons sur vos valeurs, nous crachons sur votre moral, nous crachons sur les dieux et sur les religions. Sans haine mais parce que nous sommes des êtres libres. Nous lutterons jusqu’à ce que vous n’existiez plus. Nous les résistants, nous gagnons toujours.