Le petit bout de ma lorgnette ou l'histoire commentee

A Nanterre aujourd’hui on trouve quelques traces du plus grand bidonville de France. Dans les années 90, les Roms y vivaient ou les gens du voyage, dans les années 60, les Algériens qu’on venait recruter au bled pour aller travailler dans les usines Renault. Main d’oeuvre à bas prix. Pratique. Ce n’était pas encore l’époque du regroupement familial. Il a fallu attendre Giscard pour ça. Il paraitrait qu’il aurait appliquer cette politique non pas par soucis de justice sociale mais plutôt par racisme, la peur de les voir se marier à nos petites Françaises de souche comme on dit aujourd’hui. Blanches et chrétiennes. Certains ont dit que c’est pour ça que leurs rejetons ont la haine. 
C’est ce que racontera le film éponyme, de Matthieu Kassovitz en 1995.
Pour le moment, dans les années 60, les barres HLM viennent pousser comme des champignons. Et finalement, on réussit à loger tous les émigrés dans des appartements à eau courante et chauffage. Les premiers HLM s’appelaient des HBM, habitats à bon marché et sont nés au XIXE siècle. On les reconnait tout autour des maréchaux à Paris avec leurs briques rouges. On les a construit à l’époque pour les ouvriers qui venaient travailler dans les nombreuses usines parisiennes. Chaque logement avait sa salle de bain. C’était le progrès. 
Dans les HLM, à la fin des années 1960, c’était le paradis avant que cela ne se dégrade. C’était le paradis mais il y avait un tel mélange culturel que c’était compliqué de pouvoir vivre ensemble. Chacun avait sa vision de l’espace privé et sa façon de l’habiter. Dans la maison Kabyle, Pierre Bourdieu raconte comment l’espace peut être habité différemment et que c’est culturel. Certains égorgeaient les chèvres dans les baignoires. Certains laissaient les enfants jouaient dehors tard. Certains n’aimaient pas la vie communautaire. Certains lavaient le sol à grandes eaux et pour cela arrachaient la moquette. La moquette pourtant c’était le nec plus ultra de la modernité. On ne comprenait pas bien. On prenait ça pour de la dégradation alors que ce n’était que par soucis d’hygiène. Certains n’aimaient pas le bruit. Et les murs des HLM laissaient passer les bruits. 
En 1966, Henri Lefebvre a sorti son livre L’habitat pavillonnaire. Il écrivait que l’habitat individuel permettait mieux que d’autres types de logement les changements et le respect des modes de vie de chacun. Aujourd’hui, ça parait évident de le dire. A l’époque, c’était un grand scoop. On est alors passer à la construction massive de pavillons. 
On a vu s’étaler dans la grande banlieue parisienne et la province des pavillons et des ronds points. Et des routes, de nombreuses routes parce qu’il fallait que cela circule. Et Michel Péricard a écrit La France défigurée en 1973.  
Puis on a parlé de rurbanisation. Une forme d’hybridation des territoires, comme pour tout le reste de ce qui nous entoure, les limites deviennent flous. On a plus seulement une télé, mais un écran interactif, on ne parle plus de téléphone, mais de smartphone, pour l’espace c’est pareil, on n’est plus vraiment à la ville, ni même à la campagne, on est dans cet entre-deux flou.
On retrouve des prairies dans les villes, on trouve des immeubles dans les campagnes. On hybride les espèces animales, les territoires, les cultures. C’est l’ère du postmodernisme dirait certains. Une pensée molle. Sans grande rupture où tout fusionne. C’est la grande confusion. 
Mais des éléments viennent faire rupture. On parle de ségrégation territoriale. Des voitures sont incendiées dans les banlieues de Lyon dans les années 90, des émeutes éclatent en 2005 à Clichy-sous-Bois. 
On ne parle plus de cités mais de quartiers, mais aucune politique publique n’est menée pour résoudre les problèmes. Aujourd’hui, des territoires sont bradées à l’Arabie saoudite et au Qatar avec la complicité des communes et de l’état, trop contents de ne plus avoir à payer le RSA. 

On parle de fracture territoriale et en même temps c’est le mondialisme. On peut vivre à côté de son voisin et avoir bien plus d’échanges avec un autre qui habite de l’autre côté du monde. On ne vit plus dans l’immanence, ici et maintenant. Nous vivons dans un monde qui nous transcende. Dans le virtuel, les jeux vidéos ou les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont remplacé les territoires. L’internet recompose notre espace.